Comment on travaille la culpabilité alimentation avec mes patients

La culpabilité alimentaire est peut-être l’une des émotions les plus envahissantes que l’on puisse porter au quotidien. Elle s’invite sans prévenir — après un carré de chocolat, un repas de trop, une soirée où l’on a “craqué”.
Et souvent, la réponse qu’on lui oppose, c’est la restriction : ne plus acheter ce qui “pose problème”, éviter les situations à risque, se priver pour ne plus avoir à se juger.
Sauf que cette stratégie ne fonctionne pas sur le long terme. Et comprendre pourquoi, c’est déjà commencer à changer quelque chose !
Dans cet article, je vous emmène dans les coulisses de mon travail en consultation. Pas pour vous donner une méthode clé en main, mais pour éclairer ce qui se passe vraiment derrière la culpabilité alimentaire — et pourquoi elle mérite mieux qu’un pansement.
Je m’appelle Diyae et je suis diététicienne psycho–comportementaliste, certifiée en Alimentation Intuitive ! Mon objectif ? T’aider à apaiser ton alimentation afin de manger mieux loin de toute injonction à la minceur !
Si tu souhaites me parler de ton histoire et d’améliorer ta relation à la nourriture et/ou ton corps, je te propose de réserver ta consultation (en visio ou au cabinet) avec moi !
"Je ne mange pas de chocolat, sinon je culpabilise" : une phrase qui dit tout
Cette phrase, je l’entends presque chaque semaine en cabinet. Elle change de forme — c’est le fromage, le pain, les pâtes, le sucre — mais la logique est toujours la même : éviter l’aliment pour éviter l’émotion.
Ce que cette phrase révèle, c’est une confusion très courante entre le symptôme et le remède. La culpabilité est inconfortable, donc on cherche à ne jamais la déclencher. Et pour ça, on supprime ce qui la provoque en apparence.
Mais éviter le chocolat pour éviter la culpabilité, c’est mettre un pansement là où des points de suture sont nécessaires. C’est peut-être la seule solution à portée de main à ce moment-là — et c’est compréhensible. Mais elle ne soigne pas la blessure…elle l’isole.
Ce qu’on évite grandit. Et la prochaine fois que le chocolat réapparaît — dans une réunion, chez des amis, dans un moment de fatigue — la culpabilité est là, encore plus chargée.
Culpabilité alimentaire : ce que cette émotion signifie vraiment
La culpabilité alimentaire est un signal. Comme toutes les émotions, elle transporte une information. Et cette information, c’est : “tu as transgressé une règle.”
Pas : “tu as mal mangé”ou “tu es sans volonté” ou “tu as échoué”….juste : une règle a été franchie.
La nuance est essentielle parce que tout dépend de qui a écrit cette règle.
Est-ce une règle que vous avez choisie consciemment, qui fait sens pour vous, qui respecte votre corps et votre vie ? Ou est-ce une règle héritée — d’un régime, d’une enfance, d’une culture, d’un magazine, d’un commentaire qu’on vous a fait il y a vingt ans ?
La culpabilité ne fait pas la distinction. Elle réagit à la transgression, quelle qu’en soit la source. C’est pourquoi travailler sur la culpabilité alimentaire ne commence pas par l’alimentation. Ça commence par les règles.
La police alimentaire : cette voix qui juge sans mandat
En alimentation intuitive, il existe un concept fondamental : la police alimentaire.
C’est cette voix intérieure qui surveille, qui juge, qui condamne. Elle dit “tu n’aurais pas dû”, “c’était trop”, “tu manques de discipline”. Elle parle avec une autorité qu’on ne lui a jamais consciemment accordée.
Et pourtant, on l’obéit. Souvent sans même s’en rendre compte.
Ce qui est important de comprendre, c’est que cette voix n’est pas la vôtre — du moins pas entièrement. Elle porte les mots de quelqu’un d’autre : un parent qui commentait votre assiette, une diète que vous avez suivie adolescent, une injonction culturelle sur ce que “manger sainement” est censé vouloir dire.
En consultation, l’un des premiers travaux consiste à identifier cette voix. À la nommer. Parce qu’on ne peut pas questionner ce qu’on ne voit pas.
La défusion cognitive : apprendre à regarder ses pensées plutôt qu'à leur obéir
C’est là qu’intervient un outil que j’utilise fréquemment : la défusion cognitive, issue de la thérapie ACT (Acceptance and Commitment Therapy).
L’idée n’est pas de faire taire la police alimentaire — ce serait illusoire. L’idée, c’est d’apprendre à la regarder parler plutôt qu’à l’écouter.
Concrètement : quand la pensée “je n’aurais pas dû manger ça” surgit, au lieu de la prendre pour une vérité et de réagir en conséquence (honte, restriction compensatoire, spirale émotionnelle), on apprend à la reconnaître pour ce qu’elle est — une pensée. Pas un fait. Pas un jugement définitif sur vous.
La pensée “je ne devrais pas” est là. Mais elle n’est pas une vérité. Elle n’est pas vous.
Cette prise de distance — aussi simple qu’elle paraisse — change quelque chose en profondeur dans le rapport à la culpabilité alimentaire. Elle crée un espace entre le stimulus et la réaction. Et dans cet espace, il y a de la liberté.
Remettre en cause les règles alimentaires : de la loi au guide
En consultation, on ne supprime pas les règles du jour au lendemain. Ce serait aussi déstabilisant que de les garder telles quelles. Ce qu’on fait, c’est les interroger — et les retransformer.
Les règles alimentaires rigides ont souvent une structure reconnaissable : “je ne dois pas”, “je n’ai pas le droit”, “c’est interdit”. Elles ne laissent aucune place au contexte, à l’état émotionnel, à la faim réelle du moment. Elles s’appliquent de manière absolue — et c’est précisément ce qui les rend fragiles. Une règle absolue se brise. Et quand elle se brise, la culpabilité alimentaire est là.
Le travail consiste à transformer ces lois en guides. Des repères souples, qui tiennent compte de qui vous êtes, de votre vie, de votre corps ce jour-là.
“Je ne mange pas de sucre” peut devenir, avec le temps : “j’essaie de manger sucré quand j’en ai vraiment envie, pas par automatisme ou par compensation.”
Ce n’est plus une interdiction. C’est une intention. Et une intention, on peut la porter avec bienveillance — même quand on s’en éloigne.
Ce que le travail en consultation change vraiment
La culpabilité alimentaire ne disparaît pas du jour au lendemain par magie. Ce serait mentir que de le promettre. Mais elle perd de son emprise, jour après jour — à condition qu’on s’y attelle vraiment.
Et c’est là que l’accompagnement prend tout son sens.
Pas pour aller plus vite. Mais pour ne pas traverser ça seul. Parce que ce travail de démêlage — distinguer ce qui vous appartient vraiment de ce qu’on vous a appris à ressentir — est difficile à faire seul. On tourne souvent en rond, non pas par manque de volonté, mais parce qu’on ne dispose pas des outils pour voir ce qui résiste.
Pour avoir un espace sécurisé. Un endroit où les règles héritées peuvent être posées, retournées, questionnées sans jugement. Où la voix de la police alimentaire peut être entendue — et doucement mise à distance.
Pour nommer ce qui se passe. La culpabilité alimentaire résiste souvent parce qu’on ne comprend pas pourquoi elle revient malgré les efforts. L’accompagnement donne un cadre de lecture. Et comprendre le mécanisme, c’est déjà, en soi, commencer à le désamorcer.
Ce travail, c’est celui que j’accompagne en consultation individuelle. Il ne s’agit pas de vous donner un nouveau régime, une nouvelle liste d’aliments autorisés ou interdits. Il s’agit de vous aider à retrouver votre propre boussole — celle qui tient compte de vous, pas d’une règle universelle qui ne l’a jamais été.